Bulletin d’information à caractère vaguement hebdomadaire & musical #4

décembre 27, 2022

Des lettres d’amour, de l’équilibre de la force, du sabotage industriel, de la « misère des niches » & des veillées de (band)camp

  • C’est désormais une tradition mais surtout depuis la semaine dernière, le Bulletin démarre avec sa montagne de courriers et de témoignages reçus au standard. On commence avec du liebe (ça change un peu du love) envoyé par Nathalie D. de Roubaix (59). « Super newsletter, bravo à toi, j’aime beaucoup ta plume et l’humour que tu emploies ! Merci pour cette bouffée d’air ». On continue avec une question profonde de Benjamin M. de Croix (59) en réaction au paragraphe sur Mathieu Boggaerts. « Sommes-nous en train de dire qu’un français A LE DROIT d’avoir un accent français quand il chante en Anglais ? Ne sommes-nous pas tout simplement des Français qui chantent en Anglais, en fait ? ». Vous avez deux heures. Enfin, apportons quelque éclaircissement à Nicolas B. de Le Mans (72) qui critique la critique de l’accompagnement formulée dans le dernier Bulletin. « Si on ne désigne pas les choses clairement, alors on donne à penser que l’accompagnement est critiquable dans son ensemble. Les méthodes en vogue, c’est quoi ? ». La réponse est dans la question : les méthodes en vogue sont les méthodes en vogue, c’est à dire les méthodes à la mode, les méthodes majoritairement préconisées dans les dispositifs d’accompagnement. Méthodes dont le vocabulaire et les intentions trahissent à mes yeux une approche (un peu) trop technique et entrepreunariale de la musique. Si l’on ne parle que de « projet », où sont les risques ? Si l’on ne parle que d’ « objectifs », on oublie les rêves. Si l’on ne jure que par la « professionnalisation », on délaisse les vertus de l’amateurisme, etc. Le débat, profondément sémantique & éthique, est ouvert aux heures de bureau.
  • Voilà qui nous offre une première transition rêvée pour revenir sur l’« Université Itinérante des Musiques Actuelles » qui a fait halte, et moi avec, le 13 décembre dernier à la Moba de Bagnols-sur-Cèze. J’ai pu y tester la nouvelle mouture de mon atelier « J’aurais voulu être un artiste » (avec un micro, de la reverb’ & du trebble, tu l’aimes ta voix avec du trebble, oui je la trouve trebble) avant de me fondre dans la masse d’un débat qui portait sur les us et coutumes du streaming. Contre toute attente, j’en ressors avec l’espoir qu’un équilibre de la force est envisageable entre l’exigence artistique d’un groupe et les techniques de « commercialisation » que permettent ces satanées plateformes. Je dois ce virage de cuti à la parole sage et éclairée de Pierre-Alexandre Gauthier (Z production) dont la fiche de poste consiste, selon ses propres dires, « à vendre de la musique invendable ». Noble sacerdoce.

  • Voilà qui nous offre une seconde transition idéale pour évoquer le récent hold-up, sans arme ni haine ni violence mais avec un bob, manigancé par Lorenzo à l’occasion de son dernier album « Légende Vivante ». Un stream étant « généré » à partir de 31 secondes d’écoute en ligne, le musicien a eu la savante idée (il n’était pas le premier, j’y viens ensuite) de découper les chansons de son disque en pistes de 31 secondes. Aucun préjudice pour les auditeurs à l’écoute, seulement pour l’industrie musicale contrainte de rémunérer l’artiste à la hauteur des « clics » de sa communauté. Le retentissement autour de ce sabotage industriel en a fait ressurgir un autre que j’ignorais. Celui du groupe Vulfpeck qui, en 2014, a demandé à ses fans de streamer en boucle un album totalement silencieux, afin de financer une tournée. Quand ce sont les artistes qui utilisent les plateformes et non l’inverse, les choses deviennent véritablement croustillantes.     
  • Voilà qui nous offre une troisième et inattendue transition vers le québecois Alain Brunet, seul journaliste à ma connaissance à avoir publié une enquête à charge contre les plateformes de streaming et leur scandaleux modèle économique. Je résume : le streaming contribue à rendre une poignée de musiciens déjà riches encore plus riches et une majorité de musiciens pauvres encore plus pauvres. J’ai bien dit : je résume. Pour en savoir plus, lisez « La misère des niches ». À l’ère de la digitalisation galopante de nos existences, j’estime qu’il est urgent de faire de la place au sein de l’industrie musicale pour une pensée critique du progrès et de la technique. Puisqu’il est établi que le numérique et les écrans nous rendent névrosés, dépendants et anxieux, pourquoi n’épargnons-nous pas les musiciens et les musiciennes de ce fléau ? 

  • Voilà qui nous offre une quatrième et suprême transition avec, magie de Noël et Quality Street obligent, une petite sélection de bonbons musicaux débusqués sur Bandcamp, magasin de musique en ligne dont je ne finirai jamais de dire du bien. En vrac : les invités de (Dane)mark Svaneborg Kardyb, le batteur de mesures Yussef Dayes, le nébuleux (et gratuit) The Care Taker, le punk capillaire et insulaire de Blonde Revolver, le garage de Marty Went Back et le catalogue du label Analog Africa dont le slogan est déjà un refrain en soi : « The Future of music happened decades ago ».

  • Instant RGPD YMCA. Si ce mail garni de liens hypertexte vous fait une belle jambe, dîtes-le moi et je vous épargne des prochains envois. Mais ça serait dommage. De belles choses arrivent parfois.

Geoffrey S.

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