1099 : post-rock exponentiel

mars 18, 2021

Moins sexy que 2000, plus banal que Pi et ses décimales infinies, aussi commun qu’un numéro de loto, le chiffre 1099 n’a à priori rien pour lui. C’était sans compter sur un sensationnel groupe de post-rock norvégien qui, en se dénommant ainsi, rendrait presque nostalgique des cours de maths du lycée.

À moins que vous ne soyez plutôt histoire-géo ? Car selon les experts des frises chronologiques, 1099 correspond au point culminant de la première croisade, celle-là même dont le siège permettra de fonder le royaume de Jérusalem. Et vu la teneur en oligos-éléments pour le moins fracassants des disques de 1099, ça n’est pas trop fabuler que d’imaginer les musiciens du groupe en plein brainstorming baptismal, un livre d’histoire sur les genoux, ouvert aux pages moyen-âge.

Même ceux et celles qui connaissent mal cette période de l’humanité imaginent, à la seule évocation du mot croisade, le même charmant tableau : des chevaux, des épées, des boucliers, de la baston, du sang, encore des chevaux, encore des épées, encore des boucliers, encore de la baston, encore du sang. Le post-rock n’a certes pas le monopole du mélo-drame mais force est de constater qu’à l’instar de la majorité des groupes s’adonnant à ce style, 1099 échaffaude ses disques comme des épopées. Leurs morceaux sont longs, haletants, dramatiques, éprouvants. Et il y a quelque chose de fondamentalement rassurant à pouvoir entendre des notes et des accords galoper avec autant de sauvagerie hors des sentiers formatés par et pour l’industrie musicale. À part nos chères et tendres (et menacées) radios associatives, qui a encore le loisir de diffuser sur ses ondes un morceau sans paroles de 19 minutes et 28 secondes ?

Après quelques tours de terrain en 2008 et 2009 avec les EP Machine! Fire! Ghost! et Any Day Now), 1099 a sorti en 2013 son premier LP éponyme. Depuis, les demandes de RTT affluent de par le monde pour prendre le temps de savourer deux autres fabuleux disques : Young Pines en 2015 et Blindpassasjer (« clandestins » en norvégien dans le texte) en 2018. Au passage, 1099 confirme la théorie selon laquelle plus un groupe est bon, plus ses disques sont gratuits sur bandcamp. La dernière fois que le groupe s’est exprimé publiquement, c’était le 8 septembre 2020 sur un réseau social dont je tairai le nom. Fidèle à une vertu peu en vogue de nos jours chez les groupes (la discrétion), 1099 annonçait sobrement: « we are writing sad music again. » Probablement la seule bonne nouvelle de cette écoeurante année.

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